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13.09.2007

Lien juridique, lien économique, lien moral ?

Dans un temps lointain où la politique industrielle n'était pas un oxymore, la Bretagne a été choisie pour accueillir l'industrie naissante des télécommunications. Rennes, Lannion et Brest en ont été les hôtes, et des grandes entreprises publiques - comme France Télécom - ou privées - comme Alcatel, Thomson ou Ericsson - en ont été les bénéficiaires.

medium_Alcatel.pngInstallées à l'aide de subventions massives, ces entreprises ont créé de l'emploi, ont acquis une expertise avec les salariés locaux, et ont régalé leurs actionnaires. Gagnant-gagnant ? Plus maintenant. En 2001, M. Tchuruk, PDG d'Alcatel, qui possédait une unité de près de 1000 salariés à Brest, déclarait qu'Alcatel deviendrait une entreprise sans usine. Mais malgré tout, une entreprise qui vend des biens matériels, qui doivent, eux, être fabriqués.

Son ambition était donc de se débarrasser de ses usines, puis de faire fabriquer ces biens le moins cher possible : là où les salariés sont les moins protégés du monde.


Mais il n'est guère possible d'annoncer qu'on va virer d'un coup plus de la moitié de ses salariés. D'ailleurs, au vu de l'état de l'entreprise, aucune justification économique n'eût été possible, et le licenciement aurait été cassé.

Alors ? Coincé ? Condamné à permettre à ses ingénieurs, ses techniciens, ses ouvriers et ses commerciaux de travailler en bonne intelligence plutôt que de se faire cachotteries et concurrence ?

Pas du tout. Il suffit de vendre les usines en promettant de lui réserver une bonne part de la sous-traitance. Ensuite, il faut attendre quelques années, le temps que l'on n'appelle plus l'usine du nom d'Alcatel, mais que l'on utilise celui de l'obscur sous-traitant.

Cesser de fournir des contrats suffit alors à rayer l'usine de la carte. Pas de lien juridique, pas d'indemnités de licenciement, pas de justification économique à fournir. Ce n'est pas une usine qu'à vendue Alcatel, c'est un plan social.

Il n'y a pas de justification économique, juste une préférence marquée pour les salariés opprimés dans une dictature plutôt que des salariés qui auraient les mêmes droits civiques que leur patron. Pour autant, l'usine brestoise reste rentable ... jusqu'à son meurtre.

Il ne reste plus qu'à chacun et à chacune de se souvenir que si Alcatel a réussi à faire sauter le lien juridique qui l'unissait à ses salariés pour ne garder qu'un lien économique (cette relation semblable à celle qui joint le fusil au canard), il reste le lien moral, tout le lien moral. Nous souvenir que comme citoyens, nous avons soutenu Alcatel par les aides à l'installation, les baisses de charges, et les saupoudrage de subvention dont le dernier avatar est le pôle de compétitivité.
Ce soutien, Alcatel devra le perdre s'il choisit de trahir ses salariés. Nos appels d'offre seront soigneusement écrits pour que ses produits sur étagère ne puissent concourir. Nos aides à l'innovation lui seront inaccessibles, puisque ses innovations ne nous servent en rien.

À ces actionnaires qui ne comprennent que le langage de l'argent, et qui croient que le plus riche triomphe toujours du plus pauvre, il faudra apprendre que si un citoyen isolé est toujours le plus pauvre, les instances qui constituent la collectivité ne le son pas.

Nous avons armé nos élus d'un carnet de chèque. Si leur signature suit notre volonté, des nantis vont gémir et la solidarité sourire.

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