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22.09.2007

Pourcentage ou pilotage ?

Majes-tueuses et clinquantes dans la large avenue qui relie la mairie à la mer, elles ont écarté tavernes et commerces populaires. Un bar qui ferme, une librairie qui s'en va, et rapidement l'une de leurs enseignes vient décorer la rue pavée de rose.

medium_BateauParadis.pngGrâce à leurs bénéfices record, les banques améliorent leur pignon sur rue, et prennent possession des plus belles rues de la ville, reléguant habitants et autres commerces dans les ruelles plus sombres, coincés entre voitures façades défraichies. À côté d'elles, il n'y a de place que pour les agences immobilières et les boutiques de luxe ...

Faut-il applaudir à leur réussite économique ou les accuser de vol ? Sont-elles libres de mettre l'argent où elles veulent ou peut-on infléchir leurs choix ?


Le métier de la banque, c'est d'emprunter de l'argent (appelé épargne par les client) à un certain taux et de prêter de l'argent (appelé emprunt par ses clients) à un taux plus élevé. La différence entre les taux doit lui permettre de fonctionner (salaires, locaux, ...) et de se protéger contre des défaillances éventuelles des emprunteurs (à charge des actuaires d'estimer ce risque au plus juste)

Si la banque n'est présente que dans une seule ville, elle sert d'intermédiaire entre des acteurs locaux, aussi bien les épargnants que les emprunteurs. Elle met de l'huile dans les rouages de l'économie, et celle-ci fonctionne mieux.
Par contre, si un évènement néfaste touche la ville - inondation, sauterelles, fermeture d'une grande usine - de nombreux emprunteurs vont connaître une défaillance en même temps. Les actuaires voudront donc un taux d'intérêt beaucoup plus élevé pour l'emprunt que pour l'épargne...

Si la banque est présente sur un territoire très vaste - le monde a une bonne taille - elle diversifie ses risques, et peut donc prêter à moins cher.
Mais comme elle est présente partout, il peut très bien y avoir des endroits où elle ne fait que prêter, d'autre où elle ne fait qu'emprunter. Là, elle ne rend plus l'économie fluide : elle est facteur de déséquilibre.
Si tous les endroits où elle est implantée "se ressemblent", c'est-à-dire qu'ils ont même richesse et même législation, cela n'arrivera probablement pas, et la banque tiendra tous ses rôles partout.
Par contre, si elle dispose d'une filiale dans un paradis fiscal, elle pourra très bien y domicilier tous ses prêts ou tous ses actifs boursiers, et donc y domicilier tous ses bénéfices. Le pays où se trouvent les épargnants dispose formellement d'une grande réserve de liquidités (le volume de l'épargne) mais celle-ci est rendue inaccessible aux entreprises qui voudraient investir. Et comme la banque a expatrié ses bénéfices, le pays perd une ressource fiscale qu'elle aurait pu utiliser pour aider l'entreprise ...

Le métier d'une mairie, c'est de fournir des services aux habitants d'une ville, et de rendre agréable à vivre pour ses habitants. Pour cela, elle a des fonctionnaires, des sous-traitants (pas seulement des délégation de service public ! des vrais fournisseurs aussi), des équipements, des locaux. Tout cela, elle doit le payer ...
À cette fin, elle reçoit des subventions, prélève des taxes et des impôts, et rend payants certains services.

medium_MairieManif.pngProblème : l'argent n'entre pas exactement au même rythme qu'il ne sort. Entre les deux, il faut bien stocker de l'argent sur un compte ... ou en emprunter dans une banque.

Si on emprunte, il y a de bonne chances que la ville soit capable de rembourser (les faillites municipales sont rares, en France) et donc que la banque qui a prêté de l'argent fasse des bénéfices. Ces bénéfices, iront-ils se cacher dans un paradis fiscal ou contribueront-ils à la solidarité nationale ?

Si on épargne, la banque disposera d'argent pour en prêter. À court terme a priori, mais elle pourra cumuler cela avec d'autres encours pour prêter à long terme si elle le souhaite. Ou alors elle pourra acheter des actions en bourse, et se rémunérer avec les dividendes et les plus-values.

Derrière les SICAV de la mairie de Brest, combien d'actions Alcatel-Lucent ? combien d'actions Jabil ? Il font tant d'efforts pour soutenir notre économie locale, il faut que nous en fassions pour soutenir leur cours et faire gonfler les stock-options de M. Tchuruk et Mme Russo.

Derrière les emprunts de la mairie de Brest, quelles îles paradisiaques accueillent les intérêts ? Bahamas (BNP-Paribas, Sogé, CCF) ? Panama (Sogé) ? Malte (BP, CCF) ? Cayman (BNP) ? Jersey (BNP, Sogé, CCF) ? Guernesey (Rotschild) ?
Ou plus près ? Luxembourg, Monaco, Suisse (Crédit Mutuel, Crédit Agricole, BNP-Paribas, Sogé, CIC) ?

Veillons à ne pas nourir des banques qui ouvrent des filiales n'importe où !
Il nous faut une banque qui ne soit pas dans les paradis fiscaux, mais qui dispose d'un réseau qui déborde de la ville ...

Certaines n'ont pas dépassé les paradis fiscaux sous tutelle française (ils n'en sont pas moins néfastes) : Monaco, Andorre (La Poste) ou peuvent affirmer l'aide au développement au moins autant que l'évasion fiscale, sur l'île Maurice (Caisse d'Épargne).
Aucune implantation dans un paradis fiscal ? Il ne reste plus que la Nef...

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